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Des bandes fleuries sur mesure pour la conservation des bourdons en péril


Amélie Morin, étudiante à la maîtrise, vous présente ses travaux de recherche… et sa passion pour les bourdons !

(c) ECCC et A. Morin


Amélie : Je me rappelle la première fois où j’ai entendu le bourdonnement si caractéristique d’une reine bourdon qui s’approchait de moi dans la cours de mon école primaire. C’est certainement mon premier souvenir relié aux bourdons. Depuis, j’ai appris à les connaitre plus intimement, mais ce son qui marque leur présence me fait encore retourner la tête à tout coup !


Saviez-vous qu’il existe plus de 250 espèces de bourdons dans le monde (46 en Amérique du Nord dont une vingtaine d’espèces au Québec !) ? Malheureusement, certaines espèces risquent de s’éteindre.


C’est à ces espèces que je m’intéresse particulièrement. On accorde beaucoup d’attention au caribou forestier au Québec ou encore au panda géant en Chine, mais en comparaison, les bourdons ont reçu bien peu d’intérêt…



Saviez-vous que les bourdons mâles n’ont pas de dard, et sont ainsi inoffensifs pour l’humain ? Sur la photo, je tiens dans ma main trois mâles du bourdon terricole (Bombus terricola en latin), une espèce en péril. © Amélie Morin













Et pourtant, le fait qu’ils soient plus petits et moins iconiques ne les rend pas moins importants. Les pollinisateurs, dont font partie les bourdons, sont essentiels à la vie sur terre telle qu’on la connait. Ils permettent la reproduction de 80 % de toutes les plantes, ces dernières transformant l’énergie du soleil en nourriture supportant tous les animaux, dont l’être humain.


Les bourdons possèdent des capacités impressionnantes que les autres pollinisateurs n’ont pas nécessairement, ce qui en fait des pollinisateurs importants (pour nous), au Canada. Premièrement, ils ont la capacité d’être actifs à des températures très basses, autour de 0 °C. En effet, grâce à leur grande taille (pour des insectes), leur métabolisme endotherme (qui produit sa chaleur corporelle) et leurs poils isolants, ils peuvent maintenir une température interne élevée et sont donc plus résistants au froid. Cette capacité peut être avantageuse pour la pollinisation de cultures qui fleurissent tôt au printemps, comme les pommiers. Un autre avantage des bourdons est leur capacité à être actifs à de faibles intensités lumineuses, lors de vents forts et sous une pluie modérée. Finalement, les bourdons expriment également un comportement appelé la pollinisation vibratile : ils font vibrer les anthères des fleurs (organe contenant le pollen) grâce au battement de leurs ailes et à la contraction de leurs muscles, ce qui permet d’éjecter le pollen plus efficacement. De nombreuses plantes cultivées comme la tomate, le poivron et le bleuet tirent d’importants bénéfices de ce type de pollinisation, permettant par exemple d’augmenter le poids des fruits. Pour ces plantes, les bourdons agissent ainsi un peu comme des « super pollinisateurs ».


Les habitats privilégiés par les bourdons sont les prairies, les jardins, les montagnes, les milieux humides, les paysages agricoles, et même les habitats urbains. De nombreuses causes peuvent expliquer leur déclin, incluant la perte de leur habitat, la diminution des ressources florales, les changements climatiques, l’exposition aux pesticides, à des agents pathogènes (parasites, virus…), l’intensification des pratiques agricoles et la compétition avec les pollinisateurs commerciaux, comme les abeilles domestiques.


Dans le cadre de mon projet de recherche, nous avons travaillé en collaboration avec 18 producteurs et productrices agricoles de la Montérégie, qui ont réalisé des aménagements fleuris pour les bourdons. Ces aménagements consistaient en des bandes adjacentes aux cultures, semées avec plusieurs espèces florales arbustives ou herbacées.


Des suivis non létaux des bourdons ont été réalisés dans les bandes fleuries aux étés 2022 et 2023. Cette méthode se démarque par son effet minime sur les populations, puisque chaque individu capturé était relâché après son identification. La majorité des recherches en entomologie se font via l’utilisation de pièges létaux, conduisant à la mort des insectes étudiés. Il s’agit de la méthode la plus répandue, la moins coûteuse et la plus simple à utiliser. Mais cette méthode n’est pas vraiment adaptée au suivi d’espèces en péril que l’on souhaite protéger. Nous avons donc opté pour une méthode non létale, nous permettant de relâcher les individus suite à leur capture, afin de ne pas nuire à ces espèces déjà en péril.


Ainsi, pendant plus de 370 heures, mes collègues et moi avons parcouru les bandes fleuries en quête du bourdonnement caractéristique de ces pollinisateurs. Des filets entomologiques nous ont permis d’attraper les bourdons afin de les transférer ensuite dans de petites fioles. La suite est étonnante : les fioles étaient déposées dans des glacières, sur de la glace. Cette étape permet de ralentir le métabolisme des bourdons, mécontents de leur capture, et de pouvoir les manipuler plus aisément. Ce processus recréé la diminution de température et de métabolisme qui a lieu pendant l’hiver, et ne fait donc pas courir de danger aux individus. Quelques minutes plus tard, il était possible de sortir les bourdons de leur fiole et de les photographier : une étape indispensable pour pouvoir identifier à quelle espèce le bourdon étudié appartient !


Au final, plus de 3600 bourdons ont été photographiés puis relâchés. Un fait marquant de ce projet est l’échantillonnage de 61 individus appartenant à 2 espèces en péril. Tout d’abord, nous avons pu identifier le bourdon terricole. Ce joli bourdon est identifiable par ses deux segments jaunes entourés de noir de chaque côté et sa couleur mielleuse. Ensuite, la seconde espèce en péril identifiée est le bourdon ardent (Bombus fervidus, en latin). Ce charmant bourdon peut être reconnu par sa coloration plus pâle. La plupart des segments de cette espèce sont jaunes.

Le bourdon terricole sur une fleur de tournesol (à gauche), identifiable à ses deux segments jaunes mielleux entourés de noir. Le bourdon ardent sur du trèfle (à droite), identifiable à ses segments d’un jaune plus doux recouvrant la majorité de son corps. © Photos : Amélie Morin / © Dessins : Antoine Morin


Les résultats de ces suivis sont en train d’être analysés en détail. Jusqu’à présent, les données suggèrent que les bandes fleuries mises en place par les agriculteurs en périphérie des cultures sont efficaces et permettent d’augmenter l’abondance des bourdons et de soutenir les populations d’espèces en péril. Les espèces en péril ont montré des préférences pour certaines fleurs semées dans les bandes fleuries (trèfles, mélilot), mais également pour des fleurs présentes naturellement sur les fermes (fleurs indigènes, comme par exemple la verge d’or du Canada et la verveine hastée). Cela démontre l’importance de conserver les fleurs présentes naturellement dans les fossés agricoles, les bandes riveraines, et dans l’habitat de ces pollinisateurs plus généralement.


Pour la suite de mes recherches, je compte m’intéresser au contenu nutritionnel des plantes. Un peu comme les tableaux nutritionnels que l’on retrouve sur nos aliments, les plantes ne contiennent pas toutes les mêmes éléments nutritifs et n’ont donc pas la même valeur pour soutenir la santé des bourdons. Certaines se comparent davantage à de la malbouffe tandis que d’autres sont plutôt comme une salade de fruits. Il est maintenant possible d’analyser en détail le pollen des plantes, afin de connaitre leur contenu en protéines, sucres, lipides, minéraux, vitamines et plus encore. L’objectif est de déterminer les besoins des bourdons et d’évaluer dans quelles mesures ils sont en carences dans certains habitats (en particulier pour ce qui est des espèces en péril). Cela nous permettra de faire des recommandations sur les plantes à favoriser dans les aménagements paysagers. Un peu comme le guide alimentaire canadien… mais pour les bourdons ! 


En conclusion, si vous n’avez qu’une chose à retenir de votre lecture, c’est que les bourdons sont des insectes fascinants et uniques, et qu’afin d’enrayer leur déclin, il est possible d’agir. Alors, sortez, observez-les, et parlez bourdons à votre tour avec votre entourage !


* Nous tenons à remercier les partenaires agricoles qui ont pris du temps et alloué de l’espace pour assurer la mise en place des aménagements favorables aux bourdons dans leurs champs !

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